Actualité du dopage



Philippe Gilbert poursuivi par la rumeur

18/03/2013 - cyclisme-dopage.com - avec AFP

Alors chez Omega Pharma-Lotto, Philippe Gilbert réalise une saison 2011 exceptionnelle avec 18 succès, ce qui lui vaudra de terminer N°1 à l'UCI World Tour. Rien ne lui résiste et on se souvient de son fabuleux triplé lors des classiques ardennaises : Amstel Gold Race, Flèche Wallonne et Liège-Bastogne-Liège, que seul Davide Rebellin, le dopé des JO 2008, avait accompli avant lui. Passé chez BMC en 2012, avec Cadel Evans et Thor Hushovd , il n'est que l'ombre de lui-même alors que son ancienne équipe Omega Pharma Quick Step continue d'engranger les victoires : 26 avant les classiques ardennaises. La plus impressionnante est celle de son compatriote Tom Boonen à Paris-Roubaix ; parti seul à 56 km de l'arrivée, l'enfant terrible du cyclisme belge reprend 1 à 2 secondes au km sur le groupe des poursuivants, dont quatre équipiers de la Sky ! John Lelangue, directeur sportif de BMC, fournissait l'explication d'une infection dentaire passée longtemps inaperçue responsable de l'absence prolongée de résultats (1 an) chez Gilbert. Mais l'argument était peu crédible : en médecine du sport, il est classique de nos jours de vérifier rapidement l'état dentaire à la moindre baisse des performances. Le milliardaire suisse, Andy Rhis, propriétaire de BMC avait sûrement les moyens d'éviter à Philippe Gilbert de gâcher presque toute sa saison. L'explication est peut-être ailleurs : un ancien équipier de Gilbert chez Omega Pharma Lotto (qui tient à rester anonyme) prétend qu'un des médecins de l'équipe, le Dr Jan Mathieu, prescrivait de la cortisone aux coureurs, dont Philippe Gilbert, sous couvert d'une ordonnance (ou AUT pour autorisation d'usage à des fins thérapeutiques). En prétextant une quelconque blessure, le cycliste pouvait donc utiliser de la cortisone (qui stimule la volonté et est un antifatigue) par voie interdite (intramusculaire, intraveineuse, voie orale et rectale) alors que le contrôle antidopage ne peut identifier la voie d'administration. Lance Armstrong avait utilisé ce tour de passe-passe pendant le Tour 1999 : positif à l'acétonide de triamcinolone, l'UCI acceptera même une ordonnance antidatée pour une crème soi disant destinée à traiter une induration à la selle, alors que le texan avait probablement utilisé une injection de Kenacort®.

Le Dr Jan Mathieu, qui est maintenant chez Lotto Belisol, dément les propos du coureur anonyme et répond que Lotto Belisol adhère maintenant au MPCC, qui recommande un arrêt de 8 jours si le cycliste doit être traité médicalement avec de la cortisone (et 15 jours chez Garmin Barracuda). Les autres médecins d'OMQS (car ils sont cinq, dont le doping doc espagnol Ibarguren Taus) restent silencieux, de même que le directeur sportif Patrick Lefevere, encore pratiquant de l'omerta. Depuis l'époque Festina, Ibarguren a une longue histoire avec le dopage. Chacun de ses passages dans les équipes s'est conclu par une affaire de dopage ou par des témoignages attestant d'un dopage généralisé (Banesto 2000-2001, Saunier-Duval 2006-2009). Pourquoi Lefevere a-t-il engagé Ibarguren Taus ? La main sur le coeur, Jan Mathieu assure ne prescrire la cortisone que pour raisons médicales (anti-inflammatoire et antalgique) et ajoute que celle-ci ne se trouve pas sur la liste des produits interdits et est " 100% légale ". Pas étonnant alors qu'il soit sûr de ne pas doper ! On lui conseille d'aller d'urgence au paragraphe S.9 de la liste de l'AMA et en même temps de se rafraîchir la mémoire avec les effets indésirables de la cortisone : hyperglycémie, hyperlipidémie, hypoprotéinémie, oedèmes, ostéoporose, atrophie musculaire, tendinites, hypokaliémie, ulcères gastro-duodénaux, insuffisance cardiaque, déficit de l'immunité, troubles psychiques, syndrome de manque à l'arrêt d'un traitement long et dépression.

Pour en revenir à Gilbert, il est fort possible qu'il ait eu marre de l'encadrement médical chez son ancienne équipe OPQS, qui poussait un peu trop sur les corticoïdes et qu'il ait voulu partir chez BMC où Cadel Evans jouit d'une bonne réputation. BMC ne fait pourtant pas partie du MPCC. Son éclipse d'un an (jusqu'à sa victoire à Valkenburg au championnat du monde 2012) s'expliquerait alors par une insuffisance surrénalienne : en cas d'apport exogène de corticoïdes, les glandes corticosurrénales se mettent au repos et à l'arrêt de cet apport, le cycliste se retrouve en insuffisance de sécrétion endogène (assèchement), se traduisant au mieux par une méforme persistante. Il y a effondrement du cortisol endogène, ce qui diminue la résistance de l'organisme à l'effort. Cela avait été le cas de Bernard Thévenet après ses victoires aux Tours 75 et 77. A cette époque, les corticoïdes étaient utilisés à doses beaucoup plus fortes doses qu'actuellement et le sevrage signait l'arrêt de carrière.

Si cette hypothèse se vérifiait, le retour de Philippe Gilbert mériterait alors le respect.


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Cette page a été mise en ligne le 18/03/2013