Dossier dopage



Pourquoi l'utilisation des corticoïdes dérange autant

07/10/2016 - lexpress.fr - Romain Scotto


Trois rugbymen du Racing ont été contrôlés positifs à ces produits, autorisés hors compétition, mais interdits en compétition. D'où une certaine confusion.

En compétition, ils sont interdits, mais en période d'entraînement, c'est "open bar". D'après le Code mondial antidopage, la réglementation concernant l'utilisation des corticoïdes est assez ubuesque. A chaque contrôle positif, une enquête est nécessaire pour démêler le vrai du faux, savoir pour quelle raison et à quel moment précis un athlète a été amené à consommer ces produits.

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Quelle est la règle en matière de corticoïdes?

Ces produits aux vertus anti-inflammatoires, antalgique, anti-allergiques sont interdits en compétition lorsqu'ils sont utilisés par voie générale (orale, intraveineuse, intramusculaire ou rectale). Ils sont autorisés par voie locale (articulaire, tendineuse, cutanée et inhalée). Seulement, les analyses antidopage ne peuvent pas déterminer la voie d'administration et sont donc toujours positives. D'où la nécessité d'obtenir une autorisation à usage thérapeutique (AUT) en cas d'usage par voie générale, ou de déclarer la prise de corticoïdes par voie locale lors du contrôle antidopage. Blessés à un mollet et à un genou, Carter et Rokocoko ont eu recours à des corticoïdes plusieurs jours avant la rencontre, par le biais d'infiltrations par voie articulaire ou tendineuse, ne nécessitant rien d'autre qu'une déclaration en bonne et due forme au moment du contrôle.

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Y a-t-il une "faille" dans la loi?

C'est la question posée vendredi matin par le ministre des sports, Patrick Kanner. Il sous-entend que le règlement actuel est trop laxiste permettant, non pas de soigner un sportif, mais de le doper. Il évoque aussi le fait qu'il est trop facile de couvrir un contrôle positif avec une AUT, délivrée a posteriori. En droit, tout homme a droit à un accès aux soins pour résoudre un problème médical dans les plus brefs délais. (...)

Ancien président de l'agence française de lutte contre le dopage, Pierre Bordry évoque un autre problème: "Certains corticoïdes, associés à l'EPO en dose faible, aboutissent à un véritable dopage. Mais dans l'analyse (d'urine), on ne retrouve pas l'EPO." Ils agiraient comme des agents masquants. Voilà pourquoi, comme beaucoup, Bordry milite pour que les corticoïdes soient totalement interdits. Bizarrement, l'AMA reste inflexible.

Les corticoïdes sont-ils indispensables?

Pendant de longues années, Pierre Bordry s'est battu pour que leur usage soit réduit quand il existe d'autres alternatives thérapeutiques: "Mais beaucoup de médecins, y compris en dehors du sport, proposent de traiter un rhume, des douleurs, avec ces produits." Pour lui, la délivrance d'une AUT doit être accompagnée d'un examen des différentes alternatives: "Certains sont trop peu attentifs aux conséquences de la prise de corticoïdes. Moi j'avais demandé aux médecins du rugby en particulier d'être attentifs. Ils répondaient très aimablement: 'Oui, oui...' A chacun son métier."

Dans le cyclisme, les médecins des équipes membres du MPCC ont bien compris le problème. "Pour nous, il y a un usage abusif, dans le cadre de la santé. Si on en a besoin parce qu'on est malade, on arrête la compétition le temps de se soigner et on reprend au bout de 8 jours", tonne Roger Legeay. Par ailleurs, pour vérifier qu'il n'y a pas eu de prise licite ou illicite de produit, les membres du MPCC imposent à leurs coureurs des prises de sang: "On analyse la cortisolémie. Si elle est anormalement basse, cela signifie une prise de corticoïdes, il y a un problème pour la santé." Le coureur est donc placé en arrêt de travail, comme un salarié lambda, quitte à faire une croix sur des échéances capitales. (...)

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Cette page a été mise en ligne le 01/11/2016