Actualité du dopage



L'Espagne veut réécrire le Code Mondial Antidopage

01/08/2011 - cyclisme-dopage.com - Marc Kluszczynski

De fausses informations circulent sur l'affaire Mosquera. Elles sont reprises par les différents médias traitant du cyclisme (en Espagne surtout et même par les très sérieux Cyclingnews, Velonation et The Innerring). Elles ont été lancées à l'origine par les Espagnols pour défendre Mosquera et contribuent maintenant à semer le doute pour obtenir un blanchiment de leur coureur par l'UCI et l'AMA. Mais rappelons les faits : le 30 septembre 2010, Ezequiel Mosquera (Xacobeo Galicia) et 2ème de la Vuelta, était déclaré positif à l'HES (hydroxyethylstarch ou hydroxyéthylamidon) tout comme son ancien coéquipier David Garcia Da Pena, chez qui on retrouva en plus de l'EPO. Garcia fut suspendu 2 ans à partir de janvier 2011. Mais le cas Mosquera n'est toujours pas résolu et l'affaire s'embrouille de plus en plus !

Dès le début de l'affaire, les espagnols lançaient les fumigènes : un membre de RFEC, fédération espagnole royale de cyclisme, déclarait que l'HES ne figurait pas sur la liste des produits interdits ! La presse espagnole relayait l'information pour chercher à défendre Mosquera. L'HES figure bien dans la catégorie S5 (diurétiques et autres agents masquants) et l'AMA cite "administration intraveineuse d'hydroxyéthylamidon". En augmentant le volume sanguin, il permet de masquer les effets de l'EPO et rend plus difficile sa détection. Ne pouvant nier l'évidence, Mosquera déclara ensuite que seule la voie intraveineuse était interdite. Et depuis, cette pseudo-information fait le tour des médias. Quand plusieurs voies d'administration concernent une substance interdite, la liste de l'AMA fait la distinction entre toutes ces voies en les citant : par exemple, les préparations à base de plaquettes sont autorisées par voie intramusculaire mais restent interdites par voie intraveineuse ; l'Actovegin® est seulement interdit en intraveineux, pas en comprimés (voie orale) ou intramusculaire ; les différentes voies d'administration des corticoïdes et leurs interdictions sont bien détaillées. L'AMA n'a jamais parlé d'autres voies autorisées pour l'HES, qui ne se présente qu'en poche souple de 500 ml en solution salée à 6% d'amidon (utilisé à l'hôpital dans les états de choc hypovolémique et destiné à l'usage intraveineux). Mosquera jure ne pas avoir utilisé la voie intraveineuse mais on le voit mal avaler 500 ml de sérum salé pour se réhydrater ou s'injecter en intra- musculaire une solution intraveineuse ! Le cycliste espagnol, qui a l'air très calé en pharmacologie, déclare ensuite que l'HES n'est pas un produit masquant, car dans de nombreuses situations (comme celle de Garcia), on le retrouve à côté de l'EPO ! Comme il a eu la chance que le laboratoire de Cologne ne décèle pas d'EPO chez lui dans l'échantillon A, il soutient qu'il ne s'est pas dopé, sans pouvoir expliquer la présence de l'HES. On comprend pourquoi il refuse l'analyse de l'échantillon B, qui pourrait bien être positif cette fois. Détecter l'EPO dans un échantillon urinaire reste une analyse difficile : elle est basée sur la mise en évidence de 80% d'isoformes basiques. De nombreux sportifs ces dernières années (comme Lance Armstrong au liste des produits interdits 2011. L'AMA précise : " Toutes les substances interdites doivent être considérées comme des substances spécifiées, sauf les substances dans les classesS1, S2.1 à S2.5, S4.4 et S6a (c'est-à-dire les anabolisants, les hormones, les modificateurs de la myostatine et les stimulants non spécifiés) et les méthodes interdites M1, M2, M3 (amélioration du transfert d'oxygène, manipulations physiques et chimiques, dopage génétique).A partir de 2009, les substances spécifiées (ß-2 agonistes sauf clenbutérol, diurétiques, agents masquants, antagoniste et modulateur hormonaux) permettent à l'athlète d'échapper à la suspension s'il peut établir l'origine de la présence d'une telle substance dans son organisme et la preuve d'une utilisation non destinée à augmenter la performance. Mosquera soutient que l'HES n'est pas une substance dopante et n'améliore pas la performance. Mais pourquoi avoir mis les produits masquants dans les substances spécifiées alors que l'on sait qu'ils sont utilisés avec un dopage sanguin ?

Ayant peut-être trouvé une nouvelle faille, le juge espagnol, sans perdre son sérieux, demande maintenant aux scientifiques si l'HES aurait pu se trouver dans la nourriture qu'a ingérée Mosquera durant la Vuelta (un steak contaminé à l'HES ?). Après le Tour de France, la fédération espagnole de cyclisme souscrit à la thèse du coureur et déclare qu'il lui est impossible de déterminer la voie d'administration de l'HES chez Mosquera. Comment alors l'AMA n'aurait pu l'interdire que par voie intraveineuse ? Malgré toutes ces considérations à la portée d'un étudiant en biologie, l'Agence Espagnole Antidopage apporte son soutien à Mosquera et l'on s'attend à ce que les charges contre lui soient abandonnées dans son pays. Celui-ci pourrait donc s'aligner au départ de la Vuelta avec sa nouvelle équipe Vacansoleil qui ne l'a pas aligné en course depuis bientôt un an. Décidément, la lutte antidopage en Espagne ne nous apporte que déceptions, mais l'UCI se prépare vraisemblablement à faire appel devant le TAS.

PS : On peut aussi supposer que Mosquera ait voulu essayer le SESTide (Hemomer®), peptide mimétique de l'EPO fabriqué par Aplagen et qui se présente sous forme de comprimé. La molécule de SESTide est liée à l'HES mais on ne connaît pas encore le principe du test de détection.


Marc Kluszczynski est pharmacien
Il est titulaire du diplôme universitaire de dopage de l'université de Montpellier (2006)
Il est responsable de la rubrique "Front du dopage" du magazine Sport & Vie et collabore à cyclisme-dopage.com




Cette page a été mise en ligne le 01/08/2011