Actualité du dopage



Mabuse : le « gourou diabolique » face à ses juges

05/11/2009 - cyclisme-dopage.com - Stéphane Huby


Le fantôme de Franck Vandenbroucke, l'ancien champion belge récemment décédé, flottait au-dessus du Tribunal de Paris, cet après-midi. Celui qu'il avait présenté en 1999 aux enquêteurs qui l'interrogeaient comme un " gourou diabolique ", comparaissait aujourd'hui en appel. Bernard Sainz, mieux connu sous le sobriquet de Docteur Mabuse, avait été condamné en première instance à 3 ans de prison dont 18 mois fermes pour administration de produits dopants à des sportifs et exercice illégal de la médecine.

Lors de son audition, Bernard Sainz a rejeté le portrait de " dopeur " que le milieu cycliste a dressé de lui. Au contraire, il s'est présenté comme un ultime recours pour les coureurs qui refusaient le dopage. En 1999, " 70 à 80 % du peloton " se chargeait avec des produits lourds comme l'EPO, affirme-t-il, ajoutant que ceux qui refusaient cet engrenage se sont alors tournés vers lui et ses mystérieuses prescriptions. Lui qui, prétend-il, s'était éloigné des milieux cyclistes, devrait donc à l'affaire Festina son retour en grâce puis sa chute. C'est en effet à cette époque que la police s'intéressa aux activités de l'avocat Maître Lavelot (acquitté en première instance) et de son ami Bernard Sainz.

Celui-ci repousse mollement l'accusation de pratique illégale de la médecine se présentant comme un simple " conseiller " de coureurs cherchant à " rester en bonne santé ". C'est un " usurpateur ", un " affabulateur " résume Maître Mauriac, avocat de la Fédération Française de Cyclisme, partie civile. Un " charlatan " renchérit l'avocate générale, Maître Obez-Vosgien, dans sa plaidoirie. Bernard Sainz n'a en effet rien apporté à la cour qui permette de confirmer l'existence de son prétendu diplôme d'homéopathe-acuponcteur, un diplôme " pas reconnu " par l'état de toute façon. Ce qui ne l'empêche pas d'ouvrir un cabinet de consultation dans les années soixante-dix.

De toute façon, le faux docteur ne risque que 3 mois d'emprisonnement pour l'exercice illégal de la médecine. Apparaître comme un " charlatan ", un vague " rebouteux " qui ne donnait que des produits homéopathiques, sans grand effet mais aussi sans danger, c'est pour Bernard Sainz un moyen de repousser les accusations d'administration de substances dopantes ou même d'incitation au dopage.

Pour ses produits miracles, il recevait de 200 à 300 francs français (30 à 45 euros). La somme pouvait monter à 1500 francs (230 euros) lorsqu'il se déplaçait à la rencontre du coureur. Dans leurs dépositions, certains coureurs ont déclarés qu'ils ajoutaient des montants plus conséquents en cas de victoire. Frank Vandenbroucke lui aurait fait un tel cadeau après sa victoire dans Liège-Bastogne-Liège en 1999. " C'est le seul qui m'a donné de l'argent, (...) 90.000 francs belges (2200 euros) " s'insurge Bernard Sainz.

Quant au langage codé utilisé dans les conversations téléphoniques par le faux médecins avec ses vrais patients, il nie qu'il ait servi à évoquer des produits interdits. D'ailleurs, si les perquisitions ont permis de retrouver un arsenal de dopage, c'est chez ses patients mais pas chez lui. Le langage codé n'aurait été donc qu'un élément servant à entretenir le mystère et à rester discret. Car Bernard Sainz était mal vu dans le milieu cycliste affirme Maître Gombert, son avocat. Il incitait ses patients à abandonner le dopage, ce qui " menaçait les médecins des équipes ". Un parangon de l'antidopage en somme.

L'avocate générale, ne retenant finalement pas l'accusation de cession de produits dopants, a requis la confirmation du premier jugement, soit 3 ans de prison, tout en laissant à la cour l'appréciation de la durée du sursis. Elle a, en revanche, requis une forte amende, arguant des sommes importantes perçues par l'accusé pour son activité. La défense a plaidé la relaxe évoquant un " dossier vide ".

Le verdict a été renvoyé au 28 janvier 2010.



Cette page a été mise en ligne le 05/11/2009