Dossier dopage



Le dopage d'en bas

15/01/2009 - Centre Presse - Antoine Decourt, Xavier Roche-Bayard

Le dopage est loin d'être une inconnue dans la Vienne. Le retentissement de l'affaire du « Pot Belge » en 1998 avait mis en exergue la massification de ces pratiques déviantes au sein de la communauté cycliste locale. Si le dopage n'a plus la même ampleur, la convergence de différents témoignages que nous avons recueillis permettent de dire que le recours au dopage reste pratiqué dans la sphère sportive locale.

Le difficile refus du dopage

Certes, les discours idéologiques et les débats moralisateurs de ces dernières années, mais surtout les arguments de santé et plus encore le dispositif réglementaire et judiciaire, auront eu les effets escomptés sur les nouvelles générations. « Mais le dopage n'a pas complètement disparu des pelotons dans le département », évoque un coureur* licencié dans un club local. Les témoignages sur ces pratiques n'ont pas été recueillis sans soulever une once de peur de la part des interviewés. Certains se sont rétractés au cours de nos entretiens. «J'ai vu ce qu'ils étaient capables de faire à ceux qui l'ouvraient un peu trop », évoque l'un deux sans vouloir en dire plus. L'omerta est de mise dans une communauté qui a longtemps systématisé ces pratiques. « Les anciens ne changeront pas, ils ont ça dans le sang.» De jeunes coureurs ont le courage de refuser le dopage malgré les pressions du milieu. « Je me suis posé la question (du dopage). Si les autres le font, pourquoi pas moi ? Mais j'ai eu la chance d'avoir un environnement sain pour m'en dissuader », confie un coureur.

Le dopage reste l'apanage de quelques marginaux qui entretiennent des usages inculquées au cours de leurs années de pratique. « Je peux tout de même affirmer que cette tentation m'a posé beaucoup de soucis. Je pense avoir été proche de la dépression », poursuit un autre.

Réfuter des pratiques auxquelles on a voulu les initier soulève le trouble chez les jeunes cyclistes. Mais leur refus de se joindre à ces quelques coureurs dopés laisse entrevoir l'aube d'un changement.

Ces coureurs dopés ne sont qu'une minorité toutefois «très, très organisée ». La lutte, qui s'est intensifiée au fil des années, les a contraints à la prudence. Mais le plus alarmant reste le recours pour des coureurs amateurs de 1ere et 2e catégorie à des produits lourds (EPO par exemple). « Je ne parle pas de petits produits aux corticoïdes mais de ceux qui sont relatés à la télévision », confirme un cycliste.

* Aucun des coureurs n'a accepté de témoigner à visage découvert.




Cette page a été mise en ligne le 29/09/2014