Dossier dopage



A la veille du Tour, l'antidopage français déraille

03/07/2015 - lemonde.fr - Clément Guillou


Nommé le 11 juin à la tête du Laboratoire national de dépistage du dopage (LNDD), Pascal Kintz ne rejoindra finalement pas Châtenay-Malabry. Le chercheur strasbourgeois a finalement refusé le poste, a appris Le Monde. Joint par téléphone vendredi, Pascal Kintz n'a pas souhaité détailler les raisons de ce revirement.

« Je ne commente pas les questions de politique. J'ai tourné la page. Mes états d'âme personnels sont sans intérêt », a-t-il dit.

Le laboratoire de Châtenay-Malabry, jadis en pointe au niveau mondial avec l'invention du test de détection de l'EPO en 2000, n'a plus de directeur depuis le départ à la retraite de Françoise Lasne, le 31 décembre 2014. Un départ que l'Agence française de lutte contre le dopage (AFLD), autorité de tutelle du laboratoire, n'a pas suffisamment anticipé.

Le laboratoire situé dans les Hauts-de-Seine a désormais une activité routinière, sous le contrôle d'une directrice par intérim, Adeline Molina. Aucun candidat n'avait satisfait le collège de l'AFLD jusqu'à Pascal Kintz, docteur en pharmacie spécialiste de l'analyse des cheveux. « On avait quelqu'un à même de relever le laboratoire et on repart à zéro », regrette un membre du collège de l'Agence.

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« Il a fait savoir par lettre du 28 juin qu'il renonçait à ses fonctions. Le collège a pris acte de cette décision et prolongé l'intérim de l'actuelle directrice adjointe. Il ne donne aucun motif », précise Bruno Genevois, le président de l'AFLD.

Selon M. Genevois, le refus de M. Kintz de prendre la direction de Châtenay-Malabry est lié à un salaire insuffisant, « dans un contexte où, sur le plan budgétaire, l'AFLD n'a pas beaucoup de marge de manoeuvre ». Pascal Kintz aurait dû quitter un laboratoire spécialisé dans l'expertise judiciaire, plus rémunérateur.

Selon plusieurs sources, après avoir pris acte du refus de M. Kintz, Bruno Genevois a soumis au collège de l'AFLD, composé d'experts scientifiques, juridiques et de personnalités du monde sportif, un autre candidat, Eric Ezan. Biologiste du Commissariat à l'énergie atomique (CEA), cet inconnu du monde de l'antidopage a été rejeté sans appel : une voix pour, cinq voix contre. Trois membres du collège étaient absents. L'ingénieur n'avait pas convaincu, notamment la partie scientifique du collège, sur sa capacité à redresser la situation du laboratoire.

C'est la deuxième fois que Bruno Genevois est mis en minorité sur la question du directeur du laboratoire. L'an dernier, il avait proposé la numéro 2 du laboratoire d'Athènes, au parcours scientifique jugé bien mince.

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« Tout ça est lamentable », déplore Michel Rieu, l'ancien conseiller scientifique de l'AFLD. « Je suis catastrophé. Il [Bruno Genevois] a voulu mettre la charrue avant les boeufs. Tant qu'il ne comprendra pas qu'un recrutement ne se fait pas comme ça, qu'il faut élaborer une politique de recherche du laboratoire, lui donner une indépendance réelle, il n'aura pas de candidat à la hauteur. »

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Pour ce qui est du laboratoire, l'intérim d'Adeline Molina a été prolongé. « On verra ça dans les semaines à venir, il n'y a pas de problème », assure M. Genevois à la veille du départ du Tour de France.

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Cette page a été mise en ligne le 04/07/2015