Dossier dopage



Tour de France : entre Sky et l'UCI, des relations consanguines

24/07/2015 - lemonde.fr - Stéphane Mandard


Sky et l'UCI ? C'est comme à l'époque d'Armstrong. » Le jugement est sans doute (très) excessif mais il en dit long sur la frustration de ceux qui mènent la bataille contre le dopage sur le Tour de France. En 2015, le « traitement de faveur » reproché à l'Union cycliste internationale (UCI) ne concerne pas les contrôles antidopage mais les vélos. Car, pour les spécialistes de la pharmacopée, il n'y a plus de doute: ce qui fait la différence n'est plus dans le « moteur » du coureur mais dans celui du vélo.

Pour balayer les soupçons de favoritisme, l'UCI objecte que tous les vélos de la formation britannique du maillot jaune ont été inspectés lors du contre-la-montre par équipe. Mais pourquoi ni celui de Chris Froome - qui a également été vérifié après l'étape du 23 juillet - ni aucun autre n'a-t-il été visé à l'issue de la spectaculaire montée vers La Pierre-Saint-Martin, où le Britannique a achevé le Tour et la concurrence dès la 10e étape ?

Ce n'est pas la première fois que la Fédération et son patron britannique, Brian Cookson, sont pointés du doigt pour favoritisme envers l'équipe - également britannique - Sky. En juin 2014, le Journal du dimanche accusait l'UCI d'avoir « dopé » Froome en lui délivrant à la hâte une autorisation à usage thérapeutique pour lui permettre de prendre des corticoïdes, lors du Tour de Romandie (...). L'Agence mondiale antidopage éteindra quelques jours plus tard le début d'incendie en expliquant que l'UCI n'avait pas enfreint « les règles », tout en lui demandant de revoir sa procédure.

Conflit d'intérêts

En mars, Brian Cookson est encore sur le gril. En cause, la dérogation accordée à Bradley Wiggins, le vainqueur du Tour 2012, pour faire ses adieux devant son public lors du Tour du Yorkshire, en mai. Ayant quitté Sky en cours de saison pour courir sous ses propres couleurs, Sir Bradley n'aurait dû, selon le règlement, reprendre la compétition que le 1er juin. Un geste d'autant plus maladroit qu'il intervenait quelques jours après la publication d'un rapport dénonçant les « traitements de faveur » réservés à Lance Armstrong par les précédents dirigeants du cyclisme mondial.

Dès son arrivée à la tête de l'UCI, en septembre 2013, (...) Brian Cookson a dû répondre des interrogations sur ses liens avec Sky et des risques de conflit d'intérêts.

L'un de ses fils, Oliver Cookson, est toujours « coordinateur de la performance » de l'équipe. Et le président de l'UCI est lui-même très proche des dirigeants de Sky. En 2009, il avait pris le départ de L'Etape du Tour, cyclosportive disputée quelques jours avant le passage du peloton, avec Rod Ellingworth, supérieur hiérarchique de son fils et véritable patron sportif de la formation de Froome.

Une proximité qui s'explique : avant d'être élu à la tête du cyclisme mondial, Brian Cookson a dirigé pendant quinze ans British Cycling, la fédération britannique. A ce poste, il a supervisé la création de Team Sky en 2010, siège au conseil d'administration de Tour Racing Limited, le propriétaire de la licence de l'équipe, et a côtoyé Dave Brailsford, directeur de la performance de British Cycling jusqu'en avril 2014 tout en étant le manageur de la formation Sky.

L'objectif assigné à Sky par la fédération britannique est aussi simple qu'ambitieux : préparer les Jeux de Londres en 2012. La mission se termine en triomphe pour les cyclistes de Sa Majesté : la médaille d'or pour Bradley Wiggins dans l'épreuve du contre-la-montre - où Froome empoche le bronze - et surtout sept titres sur piste. Une domination qui, déjà, fait grincer des dents. « Leur matos n'est pas réglementaire », s'emporte le pistard français François Pervis devant les « accélérations fulgurantes » des « motos » britanniques. La directrice technique nationale de la fédération française, Isabelle Gautheron, se demande, elle, ouvertement, s'« il n'y a pas à l'intérieur des roues un engrenage ou un mécanisme qui permet de donner de l'inertie pour prendre ou garder de la vitesse ».

Un homme est capable de répondre à cette question : Dimitris Katsanis. C'est lui qui a conçu les vélos de la Team GB. Cet ancien pistard grec était le grand manitou de la cellule recherche et développement de British ­Cycling, rebaptisée « Secret Squirrel Club » en référence à l'écureuil espion d'un dessin animé. Pour écarter tout soupçon de collusion, Brian Cookson aurait peut-être pu éviter de choisir Dimitris Katsanis comme conseiller de la commission matériel de l'UCI.

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Cette page a été mise en ligne le 26/07/2015