Brève



Les dangers du dopage à la maison

05/01/2012 - cyclisme-dopage.com - Marc Kluszczynski

Le but de cet article est de fournir une information sur les dangers des médicaments couramment utilisés en médecine de ville, et qui sont donc prescrits par un médecin pour les affections habituelles (et en général remboursés par la Sécurité Sociale) ou vendus sans ordonnance par un pharmacien. Certains en détournent l'utilisation dans le sport mais leur mésusage n'en reste pas moins dangereux à plus ou moins long terme même s'ils ont été banalisés depuis de nombreuses années. Certains aussi, à cause d'une mauvaise information du professionnel de santé, se retrouvent positifs à un contrôle antidopage. Il sera toujours utile pour un sportif de lire la notice du médicament sur laquelle doit figurer le pictogramme attirant l'attention sur une positivité des tests. Que l'on se comprenne bien : il ne s'agit naturellement pas de donner des recettes ou des posologies, mais l'on se doute bien que certains pourraient avoir la tentation de se servir de ces quelques lignes afin d'assouvir leur ego personnel. Il n'y a pas de dopage doux (produits banalisés d'usage courant en médecine de ville) et de dopage dur (sport professionnel): il y a dopage ou pas dopage. La seule différence concerne l'accès à l'information entre le sport régional amateur et le sport pro, ou la plupart du temps, les dangers des produits dopants sont passés sous silence ou même volontairement ignorés à cause des enjeux. Le sportif régional peut accéder à une information en toute liberté. Le magazine " Courir en 73-74 " (1) passera en revue les différents produits retrouvés ces dernières années lors de contrôles positifs en sport amateur ; le plus souvent, ils sont différents de ceux utilisés par les pro. On voit mal un sportif régional se prélever du sang tel le cycliste Riccardo Ricco en février 2010, et le conserver dans un bocal à confiture mal stérilisé, au milieu des légumes, puis se l'injecter 1 mois après pour déclencher une grave insuffisance rénale avec état de choc due à la mauvaise conservation. Mais avec le commerce par Internet, le danger existe de passer à des substances beaucoup plus efficaces (EPO, hormones) et beaucoup plus chères. Le saut a déjà été franchi par certains sports " amateurs ". La manipulation de ces produits exigerait des connaissances médicales certaines de la part du sportif qui devrait se faire aider par un médecin ou un pharmacien, à moins de jouer à la roulette russe. Nous espérons que parler du danger des médicaments banalisés par l'usage quotidien permettra de préserver l'esprit de convivialité du sport régional et le plaisir de se rencontrer à l'occasion d'une belle journée en montagne, et d'assurer une véritable prévention du dopage.

La catégorie de substances la plus souvent retrouvée au niveau régional est celle des corticoïdes. Ils figurent à la catégorie S9 (glucocorticoïdes) de l'Agence mondiale antidopage (AMA) et ne sont interdits qu'en compétition lorsqu'ils sont administrés par voie orale (comprimés), intraveineuse, intramusculaire ou rectale. Ils appartiennent à la catégorie des substances spécifiées : si l'athlète réussit à prouver l'origine accidentelle du contrôle positif, la sanction peut être amoindrie ou transformée en simple avertissement. Il y eut 2 contrôles positifs sur la Pierra Menta en 2008 et 1 à la Grande Trace en 2010, lorsque le compétiteur avala une partie de la substance destinée à la pulvérisation nasale : l'argument du mésusage fut accepté par la FFCAM et le skieur ne fut pas suspendu. La réglementation des corticoïdes est très précise, mais s'est assouplie récemment. Quatre voies sont donc interdites et l'AUT reste nécessaire pour ces voies en cas d'usage thérapeutique. La déclaration d'usage (AUT simplifiée) a disparu en 2011 pour les infiltrations et les inhalations par la bouche qui rejoignent donc les corticoïdes administrés localement (nez, oreilles). Il est donc permis d'utiliser des inhalations buccales de corticoïdes ! De nombreuses études ont montré qu'un très faible pourcentage de produit passait dans la circulation générale. Néanmoins, en 2012, les corticoïdes intègrent le programme de surveillance hors-compétition. Ils ne sont détectables que depuis 1999.

Les corticoïdes sont utilisés en médecine pour lutter contre l'inflammation en cas de pharyngite, problèmes dentaires, cancers, et les manifestations allergiques. Ils sont largement prescrits dans les affections ORL depuis que les fabricants claironnent qu'un traitement de courte durée n'influe pas sur le taux de cortisol sécrété par l'organisme. Ces vieux dopants stimulent la volonté, rendent euphoriques, effacent la douleur, la fatigue et le stress. Mais ils comportent de nombreux effets secondaires lors d'usages répétés : augmentation du sucre et des graisses du sang et diminution des protéines, ce qui provoque une fonte musculaire. Il y a survenue d'ulcères, de fractures de fatigue et de diminution des défenses immunitaires avec augmentation de la sensibilité aux infections. Ils provoquent aussi oedèmes et tendinites. L'accoutumance pourra s'installer et un arrêt brutal du traitement provoquera anorexie, asthénie et dépression. L'insuffisance surrénalienne aigüe mortelle reste possible.

En cas de problèmes inflammatoires ORL, le sportif aura donc intérêt à demander à son médecin de lui prescrire un anti-inflammatoire non stéroïdien pour quelques jours. Cette famille de médicaments ne figurent pas sur la liste des produits interdits et ont moins d'inconvénients que les corticoïdes. Si nécessaire, il pourra s'accompagner d'un protecteur gastrique. En cas de tendinite, le meilleur traitement reste le repos associé à des soins de physiothérapie.

Devant l'explosion de l'asthme dans les pays industrialisés et les nombreux cas de broncho-constriction induite par l'exercice chez les sportifs, la législation des bronchodilatateurs s'est progressivement assouplie ces dernières années. Peut-être trop ! En 2010, l'AMA avait libéralisé l'usage du salbutamol et du salmétérol en supprimant l'AUT, une simple déclaration d'usage (DU) remplie par un médecin suffisait. Le seuil de salbutamol avait même été doublé. En 2011, la DU disparaît et du même coup, ces bronchodilatateurs sont autorisés. En 2012, le formotérol les rejoint et le salbutamol est autorisé par l'AMA à une dose supérieure à celle admise en France ! La question de leurs effets sur la performance fait encore débat. En France, on leur reconnaît pourtant une action stimulante et anabolisante à forte dose (le clenbutérol est un cousin du salbutamol).

(1) Cet article a été écrit pour Courir en 73-74


Marc Kluszczynski est pharmacien
Il est titulaire du diplôme universitaire de dopage de l'université de Montpellier (2006)
Il est responsable de la rubrique "Front du dopage" du magazine Sport & Vie et collabore à cyclisme-dopage.com




Cette page a été mise en ligne le 05/01/2012