Dossier dopage



Passeport sanguin : les belles paroles de l'UCI

28/05/2012 - cyclisme-dopage.com - Marc Kluszczynski


L'UCI a fait paraître son rapport d'activité antidopage pour les années 2010 et 2011. La Commission antidopage de l'UCI (CADF ou Cycling Antidoping Foundation) est dirigée par les Dr Francesca Rossi et Mario Zorzoli, assistés par Olivier Banuls. Le CADF est financé par les équipes, les coureurs, l'UCI et les organisateurs de compétitions.

Le passeport sanguin est conforté dans son rôle de profilage (pistage) des coureurs aux fluctuations anormales des constantes. Le CADF avait fini l'année 2009 en déficit, vraisemblablement à cause des frais de procédure engendrés par les cas positifs décelés par le passeport sanguin. Celui-ci reste une arme de dissuasion relativement chère. Deux ans après, l'UCI déclare que ce déficit a été comblé grâce à des " contrôles intelligents ". Mais depuis 2009, quel coureur a été suspendu pour anomalie constatée sur son passeport sanguin ?

En collaborant avec les agences nationales française, suisse, américaine, australienne et allemande, l'UCI veut réduire les coûts de la lutte antidopage en faisant en sorte que le passeport sanguin soit utilisable dans ces pays. L'athlète est gagnant et n'aura pas à subir des répétitions d'analyse redondantes. En France, la loi d'adoption du passeport a été votée et approuvée par le Sénat début mars. L'UCI généralise le profilage de l'athlète aux autres disciplines cyclistes que la route en commençant par un suivi biologique (1 analyse de sang et d'urine) alors que le passeport nécessite 6 dosages sanguins inopinés. En 2011, 955 cyclistes étaient concernés par le programme du passeport sanguin (représentant 18 équipes du Pro Tour et 23 équipes Continental Pro) ce qui permet une diminution des contrôles pré-compétition. Les contrôles inopinés sont en augmentation en 2011. En moyenne dans la saison, un cycliste subit 3 contrôles sanguins et 2 urinaires. 70% des échantillons font l'objet d'une recherche d'EPO. Le VTT reste une discipline peu testée : 11% des contrôles alors que la route en subit 73%.

Depuis 2008, date du lancement du passeport sanguin, le taux d'hémoglobine a bien diminué chez les cyclistes. Pour 60% d'entre eux, ce taux se situe entre 14 et 15,5 g/dl, mais 2% possèdent un taux compris entre 16,5 et 17 g/dl, peut-être physiologique. L'UCI, très prudente, apporte une explication à ces valeurs hautes : " Depuis l'introduction du passeport sanguin, les contrôles ont lieu même l'hiver où le cycliste a physiologiquement des valeurs plus hautes que dans le reste de la saison ". Les très basses valeurs du taux de réticulocytes (0 à 0,4%) qui traduisaient un traitement par l'EPO ou une transfusion sanguine autologue ont disparu alors que 10% des cyclistes étaient concernés avant 2008. Les réticulocytes de 90% d'entre eux se situent entre 0,6 et 1,6 %, taux considéré comme normal. Bizarrement depuis 2010, il y a augmentation du nombre de cyclistes aux réticulocytes supérieurs à 1,8%. L'UCI ne l'explique pas. Est-ce l'effet de la généralisation des stages en altitude ? Ou de l'injection de microdoses d'EPO utilisée pour masquer les transfusions sanguines ?


Marc Kluszczynski est pharmacien
Il est titulaire du diplôme universitaire de dopage de l'université de Montpellier (2006)
Il est responsable de la rubrique "Front du dopage" du magazine Sport & Vie et collabore à cyclisme-dopage.com




Cette page a été mise en ligne le 28/05/2012