Brève



La tartuferie des cyclistes espagnols

21/04/2013 - cyclisme-dopage.com - Marc Kluszczynski

Début janvier, l'UCI décidait de dissoudre sa Commission soi disant indépendante qui était chargée de rendre un avis en juin sur la conduite de l'antidopage au sein de la Fédération Internationale. Plusieurs membres de la Commission s'étaient aperçus que les documents demandés ne suivaient pas ! Puis Pat Mac Quaid, président de l'UCI, se ralliait à l'idée de l'AMA, qui était d'instaurer une Commission Vérité et Réconciliation (Truth and Reconciliation Commission - TRC). Celle-ci est présentée comme passage obligé pour le renouveau du cyclisme. Une amnistie du dopage serait en effet un bon moyen de vaincre l'omerta. Mais comment l'UCI pourrait-elle contraindre un cycliste à avouer son dopage ? Et il faudrait définir la période de validité de cette amnistie. Et pourquoi un cycliste ayant avoué son dopage passé ne se dopera plus après la fin de l'amnistie ? Considérer cette TRC comme point de départ pour une nouvelle ère du cyclisme nous paraît faire preuve de grande naïveté. La réouverture de l'affaire Puerto est un bon exemple. Pour la troisième fois, la justice espagnole a réouvert le procès en février dernier. Le Dr Eufemiano Fuentes et son réseau sont inquiétés pour atteinte à la Santé Publique, et pas pour dopage. La juge espagnole a refusé que Fuentes dévoile la liste de ses clients. Plus de cinquante cyclistes étaient transfusés par Fuentes et son collègue Merino. Seuls les cyclistes Jörg Jaksche, Tyler Hamilton et Jesus Manzano ont déclaré que Fuentes n'agissait pas toujours dans des conditions d'hygiène irréprochable : les poches de sang étaient conservées sans surveillance du dispositif de conservation (relevé journalier des températures).Hamilton et Manzano attribuent même certaines de leurs défaillances en compétition à des transfusions de sang mal conservé.

Mais le témoignage d'autres cyclistes espagnols est édifiant. Isidro Nozal (chez la Once en 1999 et positif à la CERA en 2009 au Tour du Portugal) a admis avoir bénéficié de transfusions sanguines, mais déclare qu'il ne s'est jamais dopé ! A la suite de ces transfusions, Nozal fut empêché de courir le Dauphiné Libéré en 2005 à cause d'un hématocrite supérieur à 50%. Il explique que Fuentes a pratiqué ces manipulations sanguines dans le but d'analyses. Il précise ensuite que le sang extrait ne lui aurait pas été réinjecté, malgré la présence en bordure de son carnet d'entraînement des lettres E et R pour extraction et réinfusion. Nozal jure qu'il ne s'est jamais dopé malgré son contrôle positif en 2009. Il renvoie alors la balle sur le médecin d'équipe et ne s'explique pas la présence de CERA.

Joseba Beloki, David Etxebarria et Unai Osa (tous chez Liberty Seguros dirigée par Manolo Saiz au début des années 2000) déclarent ne pas connaître Fuentes comme médecin alors que celui-ci les a cités comme clients en 2006 dans une précédente déposition. Si en 2006, Beloki acceptait de fournir son ADN afin d'identifier des poches de sang, les sept ans qui se sont passés depuis l'ont fait réfléchir. On le comprend, encore un an et les faits seront prescrits. D'autres coureurs tel Angel Vicioso, victime d'une crise de lumbago soudaine, ont traîné des pieds pour témoigner. Alberto Contador (chez Once et Liberty Seguros en 2003-2004), qui devait venir s'expliquer le 22 février, s'est défilé avec l'aide de la défense. Celle-ci a considéré que son témoignage n'était pas nécessaire. Contador est néanmoins prêt à fournir son ADN. Et Oscar Freire, retraité, affirme qu'il n'a rien vu et qu'il n'y avait pas de dopage chez Rabobank.

Alors parler de la TRC aux cyclistes espagnols, c'est vouloir appliquer un cataplasme sur une jambe de bois. Seul Jesus Manzano en 2004 a avoué son dopage. Et encore une fois, les mesures envisagées pour résoudre le problème du dopage se font au détriment de ceux qui ne dopent pas ou qui veulent arrêter de se doper. Les cyclistes espagnols ont très bien commencé leur saison, comme Alejandro Valverde qui a gagné la Vuelta a Andalucia et le Tropheo Dejà. Il se pourrait bien qu'ils n'en restent pas là en 2013. Au classement des nations du World Tour, l'Espagne s'envole avec 309 points après Tirreno-Adriatico.


Marc Kluszczynski est pharmacien
Il est titulaire du diplôme universitaire de dopage de l'université de Montpellier (2006)
Il est responsable de la rubrique "Front du dopage" du magazine Sport & Vie et collabore à cyclisme-dopage.com




Cette page a été mise en ligne le 21/04/2013